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Blow-up
Quelques semaines passèrent et la photo de l’affiche refit
surface avec des effets qui rappellent le film Blow-up d’Antonioni
.
Des agrandissements de la photo révèlent que l’affiche
avait pour objet la publicité d’un événement
d’athlétisme sponsorisé par AREVA et organisé
au Stade de France. Mais l’inscription AREVA avait été
recouverte par une bande avec l’inscription FUKUSHIMA . De plus
, un morceau de papier en forme de masque couvrait presque totalement
le visage de l’athlète principal entouré par d’autres
athlètes souriants, conviés à participer à
la rencontre sportive ; leur noms étaient explicitement indiqués
: Christophe Lemaître, coureur champion national, la championne
olympique tchèque Barbara Sportakova , la sublime Miriam Soumaré
, Renaud Lavillenie… Le nom de l’athlète invité
comme vedette était Usain Bolt.
Malaise
Les affiches telles quelles étaient avant les modifications méritent
une critique sérieuse : comment des athlètes peuvent partager
le haut de l’affiche avec AREVA , puissant opérateur nucléaire,
tandis que parallèlement un désastre nucléaire oblige
l’évacuation de dizaines de milliers de civils de la région
de Fukushima ? Est-il admis de faire la fête n’importe où
n’importe quand , sans égard pour une actualité saisissante
?
A vrai dire il n’y a pas de quoi festoyer en matière d’énergie
nucléaire ; l’importance des risques inspirent plutôt
une profonde préoccupation et un ferme engagement. Après
tout on voit mal ce qu’un champion de classe mondiale , «
l’homme le plus rapide sur terre » , peut apporter en matière
de défis nucléaires ou d’exigences de sûreté.
La notion de sport uniquement pour le sport n’est pas crédible
, parce que les athlètes négocient leur participation et
ce qu’un athlète vedette peut recevoir peut atteindre semble-t-il
la coquette somme de 300.000 euros. Dans le cas du Meeting AREVA l’argent
l’emporte sur des événements aussi graves qu’un
désastre en cours à Fukushima.
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Un sponsor spécialiste du nucléaire semble
chercher une manière d’endormir la méfiance du public
vis-à-vis des risques nucléaires. En France , pays dont
les trois quarts de l’énergie électriques est générée
par le nucléaire , il arrive que les exigences de sûreté
soient violées ; puisque l’état de droit n’est
pas garanti , il est facile d’ignorer à la fois les Droits
de l’Homme et la Convention sur la Sûreté Nucléaire
(CSN, Vienne 1994) ; le sport aide à détourner l’attention
du public des irrégularités concernant la sûreté.
A la suite des accidents sur les réacteurs de Fukushima, les Français
demandent peut-être plus de débats que de distractions et
cela expliquerait ce qui est arrivé aux affiches publicitaires
pour le meeting AREVA
Le jeu de "tennis sans balle"
Le film Blow-up d’Antonioni se termine par un match de tennis joué
sans balle ; dans la scène finale deux joueurs et leurs supporters
miment la compétition ; ils sont captivés par cette variante
de jeu qui se déroule dans un cours de tennis équipé
de filet au milieu et de grillage tout autour, mais avec un détail
: pas de balle de tennis.
Si les athlètes qui participent à des rencontres sponsorisées
par des opérateurs nucléaires ne sont pas exigeants en matière
d’obligations nucléaires, ils négligent ce qui est
aussi important que la balle dans un match de tennis.
Une foule de banlieusards parisiens a pu voir l’image d’un
athlète avec masque de protection contre la contamination d’origine
nucléaire. Cela devrait alerter sur le fait qu’il y a quelque
chose qui cloche.
Est-ce que Usain Bolt et les autres athlètes sont disposés
a jouer un rôle sur le terrain du nucléaire , sans s’inquiéter
de détails qui contrastent avec des formes de respect humain et
de valeurs largement partagées ?
Pour la réponse il faut éventuellement attendre le prochain
Meeting AREVA , la seule manifestation sportive de rang international
sponsorisée par un opérateur du nucléaire .
Tommaso Fronte
lettre à Usain
Bolt
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